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Analyse : ce que l’absence de Jalibert a VRAIMENT changé face à l’Italie

L’absence de Matthieu Jalibert a causé du tort aux Bleus face à l’Italie : l’apport du Bordelais est désormais quantifiable.

Morgane Bourgeois 23/02/2026 à 16h00
Matthieu Jalibert a manqué aux Bleus face à l’Italie, c’est certain. © TF1
Matthieu Jalibert a manqué aux Bleus face à l’Italie, c’est certain. © TF1

Les lecteurs du Rugbynistère s’en souviennent : nous avions récemment consacré un article à la complémentarité entre les postes de 10 et 15, incarnée par la paire Matthieu Jalibert – Thomas Ramos.

Une association prometteuse, capable de dynamiter les défenses par sa créativité et sa lecture du jeu.

Mais le scénario a basculé lors du Captain Run. Touché au mollet, Jalibert a dû déclarer forfait la veille de la rencontre. Un coup dur, dont les conséquences se sont rapidement fait sentir sur le terrain.

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Un constat lucide. Car si l’Italie est une équipe solide – et qu’il s’agissait sans doute du match le plus relevé du Tournoi jusqu’ici – l’absence de Jalibert a privé les Bleus d’une alternance offensive plus riche.

Certes, il ne se serait probablement pas « promené » comme face au Pays de Galles, mais il aurait offert davantage de variations dans le jeu au pied et dans la distribution.

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Une réorganisation forcée et des repères brouillés

Ce n’était pas une première pour Thomas Ramos au poste d’ouvreur : il avait déjà porté le numéro 10 à plusieurs reprises et notamment l’an dernier à Rome.

Mais cette fois, la réorganisation s’est faite dans l’urgence. Ramos a glissé à l’ouverture, Théo Attissogbe a été repositionné à l’arrière, et Dréan a intégré le XV titulaire.

Comme l’a rappelé Fabien Galthié après la rencontre, même si les joueurs s’entraînent ensemble, les automatismes ne sont pas exactement les mêmes en situation de match. Attissogbe, s’il évolue parfois à l’arrière en club, n’est pas un second ouvreur.

Ce n’est pas un profil de gestionnaire ou de « manipulateur » de défense, mais avant tout un joueur de couloir, un accélérateur. Avec la doublette Ramos–Jalibert, les Bleus disposaient de deux cerveaux : un pour organiser, l’autre pour dynamiser.

Sans Jalibert, il ne restait qu’un seul véritable créateur dans la ligne arrière… en plus de Antoine Dupont, bien sûr.

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Dupont plus exposé, collectif moins fluide

Cette nouvelle configuration a logiquement poussé Dupont à prendre davantage le jeu à son compte. Là où il était plus au service du collectif lors des matchs précédents, il a dû davantage porter la responsabilité de l’animation offensive.

Une adaptation nécessaire, que le meilleur joueur du monde a su endosser avec brio. L’absence de Jalibert n’explique pas tout, mais elle a clairement déséquilibré l’architecture offensive des Bleus.

Moins de variété, moins de manipulation des défenses, et une dépendance accrue au génie individuel de Dupont et Ramos. Un rappel utile : dans le rugby moderne, la complémentarité des profils n’est pas un luxe, mais une condition essentielle pour produire un jeu riche et imprévisible.

Et Jalibert, dans ce rôle hybride entre chef d’orchestre et artiste, reste une pièce maîtresse du puzzle tricolore.

Barraka
Barraka

Avec un peu plus de rodage ce serait certainement plus fluide, mais ce n'est effectivement pas un système pour Attisogbé. Le jeu de 2024/25 plus axé sur le pied et l'occupation lui conviendrait mieux.


Vieille Gloire
Vieille Gloire

Au-delà des très bonnes performances de Jaja, il a surtout manqué un Ramos à Ramos, pour faire du Ramos.


On s’aperçoit que sans Ramos en 15, le système à deux ouvreurs fonctionne moins bien. D’ailleurs, sur ce match, il n’a pas vraiment existé: c’est Toto qui a pris l’animation à son compte, avec un festival de coups de pied, pied droit comme pied gauche. Il a fait jouer autour des rucks, avec notamment Meafou, auteur d’une copie de haut vol.


Il ne faut pas se tromper: la France a gagné ce match sur la défense, c’est un autre registre.


À noter qu’il y avait plus d’opposition sur ce match: les Italiens sont montés beaucoup plus fort que le PDG (L'Irlande a enfin compris mais trop tard qu’il fallait mettre "le héron cendré" au placard).


Le changement du triangle arrière nous a moins sécurisés. Pour moi, c’est Ramos en 15 et impérativement Attissogbe en 14 car depuis le début du tournoi, ce sont 71 % de ballons hauts gagnés qui ont amené 6 essais. Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir.


Dréan pourra remplacer LBB en cas de besoin, que ce soit pour faire tourner ou en cas de blessure. Et si on veut jouer la sécurité, il y a aussi Grand Didier.


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potemkine09
potemkine09

Mouais.. avec des 'si' on mettrait Bordeaux en bouteille.


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Brett Zel
Brett Zel

C'est vraiment dommage qu'il n'ait pas jouer pour voir comment on s'en serait mieux ou moins bien sorti avec un pack adverse dominateur et une défense de morts de faim.
Je suis d'accord sur le fait que Jalibert / Ramos soient complémentaires mais si on ne leur laissent pas les coudées franches comme l'ont fait l'Irlande et le Pays-de-Galle, pas sûr de ne pas voir le même manque de fluidité et les mêmes ratés en attaque (qu'il ne faut pas oublier).
Le XV de France a été moins dominateur et les italiens ont vendu chèrement leur peau, en nous obligeant à des longues phases de défense . Les centres ont d'ailleurs été bons dans ce domaine .
Donc en tirer des conclusions sur un match sans autre réelle référence...


gilbertgilles
gilbertgilles

Oui, enfin, je me demande toujours si l'écusson affiché par certains n'entrave pas quelque peu leur objectivité? Attention ceci est énoncé sans acrimonie de ma part, mais enfin il ne s'agit pas ici de dire Untel est mieux que l'Autre, et l'article souligne aussi "qu'il ne se serait pas promené comme face au Pays de Galles mais il aurait offert davantage de variations dans le jeu au pied et la distribution". Au vu des deux premiers matchs ce n'est ni des si, ni des conjectures mais du factuel. Ramos et surtout Dupont ont très bien pris le jeu à leur compte, mais la présence d'un troisième compère aurait fait peser plus d'incertitudes sur la défense et emmené plus de liant à l'attaque. Certes, le 15 de France a été moins dominateur en mêlée essentiellement et la défense Italienne était d'un autre tonneau que celle du PDG mais sur nos touches (nous avons dominé cette phase de conquête) nous aurions pu varier davantage nos lancements comme nous avons su le faire contre l'Irlande en particulier. Et ceci n'a rien à voir avec le fait que ce soit Jalibert, mais bien avec le fait que ce genre de disposition emmène beaucoup plus d'incertitudes pour les défenses adverses! Quand en plus tu as deux bonhommes de la trempe de Jaja et de Ramos pour lire la défense, c'est du pain béni!


Brett Zel
Brett Zel

Je suis d'accord avec toi. Je trouve juste l'article un peu prématuré et le titre un peu trop affirmatif.


"Un constat lucide. Car si l’Italie est une équipe solide – et qu’il s’agissait sans doute du match le plus relevé du Tournoi jusqu’ici – l’absence de Jalibert a privé les Bleus d’une alternance offensive plus riche.
Certes, il ne se serait probablement pas « promené » comme face au Pays de Galles, mais il aurait offert davantage de variations dans le jeu au pied et dans la distribution."


Jusqu'à la 60ème, j'en suis pas sûr, vu le contexte du match. On a eu pas mal d'éléments pour nous aussi. La saucisse de LBB par exemple, si elle est récupérée par Menoncello ou Ioane, ça finit applati entre les perches et 7 points dans le cornet. Et ça n'aurait pas été le même match.


Après, je préfère l'équipe de France avec Jalibert que sans, quand il est en forme. L'écusson n'a rien à voir avec mes commentaires quand on parle de l'EDF.


gilbertgilles
gilbertgilles

Je suis globalement d'accord avec toi et on peut avoir une analyse légèrement différente sans s'opposer pour autant! Mais, si tu regardes bien les deux premiers matchs, nous avons marqué très vite (cette fois ci aussi grâce à Super Toto!) et nous avons réussi à créer beaucoup d'incertitudes avec notre organisation à deux ouvreurs permutant sans cesse. Et notre rapidité d'exécution dans ce schéma était remarquable et je pense qu'elle aurait marché tout autant avant la 60em! Car les Italiens nous ont bousculé en mêlée sans pour autant en retirer un bénéfice notoire et je pense que l'organisation 10-15 permutant permet une bien meilleure lecture du fond du terrain pour lancer l'offensive. D'autant plus que notre touche, elle, n'a pas faibli et a su procurer de bons ballons!